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Continuons de découvrir les métiers de la traduction à travers les parcours de confrères et consœurs. Étienne Gomez, traducteur littéraire depuis 2014, nous présente les raisons qui l’ont conduit à l’enseignement de la littérature et à la traduction littéraire.

Étienne est l’heureux lauréat de la Sélection du Prix SGDL Révélation de la traduction en 2018 pour Ce qu’est l’homme, de David Szalay (Albin Michel) et du Prix Pierre-François Caillé en 2017 pour Meilleur ami/Meilleur ennemi de James Kirkwood (Joëlle Losfeld) ainsi qu’en 2015 pour Un Voyage à Arras de Shaun Levin (Christophe Lucquin).

 
Les interviews précédentes sont à lire ou à relire ici.

Bonjour Étienne,

Quel a été votre parcours professionnel ?

Traducteur littéraire de l’anglais vers le français

J’ai commencé en tant que professeur de lettres, avant de devenir, parallèlement, traducteur de l’anglais.

J’ai toujours éprouvé un attrait particulier pour l’anglais. Sans doute du fait que ma mère avait passé une partie de sa vie en Angleterre. Pourtant j’ai mis de nombreuses années avant d’entrevoir là une possibilité d’activité professionnelle.

 J’ai toujours éprouvé aussi le besoin d’une relation rapprochée, presque d’un corps à corps, avec des textes littéraires.

Étienne Gomez

Voyage entre les temps littéraires

C’est ainsi que je suis devenu professeur de lettres, un métier que je ne tiens ni pour le plus beau du monde ni pour un affreux pis-aller ; j’ai fait une thèse de doctorat en langue et littératures françaises médiévales. Pour m’aérer l’esprit, je lisais de la littérature moderne en anglais ; d’ailleurs, j’ai moi-même résidé en Angleterre à l’époque où je rédigeais ma thèse.

Le traducteur littéraire qui sommeille chez le lecteur

Tout en lisant, je me demandais souvent comment je traduirais telle ou telle expression ; et pourquoi tel ou tel livre n’avait pas été traduit en français. Finalement, je n’ai pas évolué dans la recherche, mais j’ai voulu traduire. Une opportunité en traduction technique s’est présentée à moi. Je me suis aussi consacré, personnellement, à la traduction littéraire, car c’était cette activité qui m’intéressait avant tout.

Depuis combien d’années exercez-vous ? Avez-vous constaté une évolution dans les demandes des éditeurs, de la réception par le public et la critique

Ma première traduction publiée, Un voyage à Arras de Shaun Levin, remonte à 2014, mais le premier roman que j’ai traduit était Meilleur ami/Meilleur ennemi, de James Kirkwood (1924-1989), qui n’est paru qu’en 2016 en raison de difficultés à obtenir les droits, l’auteur étant mort depuis de nombreuses années.

Choix littéraires

M’intéresser à des textes inclassables ou marginaux et à des auteurs morts relevait à la fois de la nécessité, car les grands auteurs étrangers sont souvent déjà repérés, et du même goût personnel que celui qui m’avait fait travailler, dans le cadre de mon doctorat, sur un cycle arthurien devenu parfaitement obscur alors qu’il avait eu un retentissement européen aux XIIe et XIIIe siècles.

Pourquoi un texte, ou un auteur, devrait-il être publié, reconnu, réhabilité ?

Étienne Gomez

Le traducteur littéraire et l’éditeur : l’enjeu financier

traducteur littéraire
Le risque financier d’une traduction littéraire

Sur cette épineuse question, la tâche du traducteur peut rejoindre celle de l’universitaire, et surtout celle de l’éditeur, qui, in fine, prend tous les risques En effet, c’est celui-ci qui investit l’argent en jeu.

Là est la principale difficulté, qui d’année en année devient plus importante, car un succès doit avant tout se mesurer en retour sur investissement.

La promotion des ouvrages traduits … des auteurs disparus

Que James Kirkwood n’ait pas de compte Facebook, qu’il ne puisse pas faire la promotion de ses livres en librairie ou dans les festivals, qu’il ne puisse pas répondre à des interviews et que seule une poignée de photos de lui soient exploitables. Ce cas de figure représentait d’emblée un handicap pour l’éditrice, Joëlle Losfeld, qui a tout le mérite d’avoir relevé le défi, obtenant par ailleurs une aide du Centre national du livre (CNL) 

Soutien financier

 Le CNL encourage efficacement la traduction littéraire, mais la tendance économique actuelle dans le monde du livre est la même que partout ailleurs : les écarts se creusent.

Selon vous quelles sont les trois qualités indispensables pour exercer le métier de traducteur littéraire ?

traducteur littéraire
Savoir écrire, savoir lire, savoir écouter

Savoir écrire

La première qualité, c’est de savoir écrire. Un traducteur a le statut d’auteur, sur le plan juridique mais aussi littéraire. On compare souvent, et à juste titre, l’activité du traducteur à celle du comédien ou du musicien, qui « interprètent » les œuvres des autres.

Or, si jouer un rôle ne se réduit pas à réciter les répliques par cœur tout en respectant les didascalies, et si jouer d’un instrument ne se réduit pas à produire les bonnes notes au moment qui convient, traduire ne se limite pas non plus à transposer un texte d’une langue à une autre en appliquant les règles du dictionnaire et de la grammaire.

Un dialogue intérieur

On peut rendre à la perfection la signification des mots sans refléter le sens d’un texte, en particulier littéraire. Une chose qui me plaît beaucoup, dans la traduction, c’est qu’il vient toujours un moment où il faut se demander : « Si l’auteur avait écrit en français, comment aurait-il tourné ça ? » C’est à mon avis une question cruciale.

Savoir lire

Ensuite, et cette qualité vient en complément de la première, il faut savoir lire, ce qui signifie repérer le mode de fonctionnement d’un texte à tous les niveaux, stylistique et générique en particulier.

Savoir écouter

Pour terminer cette trilogie, plutôt que d’affirmer qu’il faut savoir compter, même si c’est assurément très utile aussi, je dirais qu’il faut savoir parler de son travail et engager le dialogue, car parler de la traduction signifie aussi écouter ce que les autres ont à en dire.

Savoir dialoguer avec son temps

La traduction est une activité à la fois solitaire et essentiellement collective, car, par définition, le traducteur est un médiateur entre un auteur étranger et le public francophone, ainsi qu’un maillon dans la chaîne du livre. Il doit donc engager un dialogue à tous ces niveaux.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes traducteurs et aux personnes que la traduction littéraire séduit ?

Toi, que la traduction littéraire fascine !

À quelqu’un qui n’aurait jamais traduit, mais qui voudrait traduire de la littérature, je conseillerais sans hésiter de choisir un ou deux livres et de se mettre au travail. Il importe de voir si cette activité lui plaît vraiment et de vérifier qu’il a les qualités nécessaires.

Toi, ami traducteur …

À quelqu’un qui aurait déjà traduit, sans avoir de publications à son actif, je conseillerais de fréquenter le monde du livre afin de se faire connaître, en s’armant de patience et de persévérance. Dans cet univers, les idées mettent souvent des années à se matérialiser.

Approche stratégique

De ce point de vue, il peut d’ailleurs être plus stratégique de voir ce qu’on peut apporter aux éditeurs que de chercher d’emblée à imposer ses choix, dans la limite, évidemment, de ses exigences intellectuelles et morales.

Activité complémentaire et enrichissement intellectuel

Enfin, la traduction littéraire n’est pas une activité exclusive, au contraire, elle vient souvent en complément d’une autre, ou de plusieurs autres.

En ce qui me concerne, alors que mes activités de professeur et de traducteur me semblaient avoir peu de rapport au début. Le fait est que je tisse de plus en plus de liens entre les deux, d’un côté parce que j’interviens désormais dans des formations universitaires comme à Paris 7 et, plus récemment, à Angers, de l’autre parce que les expériences que je multiplie dans ma vie de traducteur littéraire ne cessent d’enrichir mes activités pédagogiques.

C’est une complémentarité imprévue, mais réjouissante.

Étienne Gomez
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Saint Jérôme, patron des traducteurs d’hier et d’aujourd’hui
 

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La traduction doit être un volet de toute stratégie commerciale gagnante.

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